Le requin, coupable idéal de la mort d’une fillette à La RéunionDes hauts & débats | Des hauts & débats

Le requin, coupable idéal de la mort d’une fillette à La Réunion

Depuis le 15 juillet dernier, l’île de la Réunion est en effervescence à cause de la mort d’une fillette de 15 ans survenue à la suite d’une attaque de requin dans la baie de Saint-Paul. Alors, comme à chaque attaque de requin, la chasse aux squale est ouverte : 2 bateaux se sont ainsi lancés jeudi aux trousses du requin “tueur » et la polémique sur la réouverture de la pêche aux requins est relancée.

Il est bien évident qu’il s’agit là d’un drame épouvantable mais… à quoi ça sert, c’est quoi le but ?

Il ne s’agit pas ici de traquer un criminel, un dangereux psychopathe, un “tueur en série” digne des plus célèbres série policières américaines ! On parle là d’un animal sauvage, d’une espèce protégée qui plus est, dotée, non pas d’une raison ou d’une conscience, mais d’un instinct qu’il s’est contenté de suivre. A quoi va bien pouvoir servir sa capture, pour ne pas dire son abattage ? A le punir ? A servir d’exemple à ses congénères qui seront ainsi dissuadés de procéder à de nouvelles attaques ? Voyons… A rien, si ce n’est à conforter l’Homme dans l’idée qu’il est propriétaire de cette planète et de ses ressources !!!

Mais cette planète ne nous appartient pas… De quel droit avons le droit de vie et de mort sur ces espèces, animales comme végétales ?

Bien au contraire, nous partageons notre Terre avec les autres espèces qui la peuplent, certaines inoffensives… d’autres moins…

Depuis 10 ans, le nombre d’attaques de requin recensées chaque années évolue entre 50 et 100 (à La Réunion, il s’agit de la 20ème depuis 1980, soit un peu moins d’une tous les 18 mois),  moins de 10 s’avèrent mortelles. En comparaison, les méduses seraient à l’origine d’une centaine de morts par an, les éléphants 600, les scorpions 5 000 et les serpents 100 000… Et je ne parle même pas des décès, bien moins naturels, liés à la cigarette, qui ne font réagir aucun gouvernement dès lors qu’ils perçoivent impôts et taxes sur le tabac… Belle hypocrisie n’est-il pas ?

Requin

Alors pourquoi s’en prendre à ce requin, espèce protégée en voie d’extinction, puisque le tuer n’aura aucun effet sur les attaques suivantes et ne ramènera pas à la vie la jeune fille… A quoi bon ?

Et plutôt que de partir aux trousses de cet animal, qui n’est pas plus tueur que ses congénères, peut-être vaudrait-il mieux s’interroger sur les raisons de cette attaque…

On sait déjà que la jeune fille se baignait dans l’anse de Saint-Paul, un endroit où la baignade est interdite, un endroit déserté par les baigneurs comme par les surfeurs, justement à cause de la présence connue des requins. C’est peut-être cynique, mais j’appelle ça “tendre le bâton pour se faire battre”. Et comme dans le cas de cette jeune fille, dans la majorité des attaques, une conduite imprudente de la victime est relevée.

Requin-tigre

Ensuite d’un point de vue plus général, le développement du tourisme ces dernières décennies a bouleversé l’écosystème marin, faisant fuir les petites espèces inoffensives de requins, fragiles et sensibles à leur environnement. La place étant vides, elles ont été remplacées par des espèces plus grosses et donc plus dangereuses.

Ensuite, selon Jean-Jacques Seymour, journaliste à Outremer Le Mag’, il semblerait que les abattoirs réunionnais, pour réduire leurs coût de fonctionnement, aient pour habitude de confier aux requins la tâche de les débarrasser des carcasses. Les squales se sont ainsi habitués à venir chercher leur nourriture près des côtes.

En complément, ou en combinaison, il faut aussi parler de l’implantation de la réserve marine, de la présence d’une ferme aquacole, du rejet des résidus de pêche à la sortie des ports et la turbidité des eaux générée par les nombreux rejets en mer. Autant de facteurs qui constituent une source de nourriture facile et à proximité d’activités humaines. Mais comme le dit Surf-prevention.com dans son article intitulé Risque requin à la Réunion et environnement, rejets en mer et turbidité des eaux, « Il existe des solutions mais les vraies solutions coûtent cher, et par conséquent ne sont pas bonnes à entendre […] les solutions faciles à court terme n’existent pas » et ne sont surtout pas à la portée d’un mandat !

Je pense que l’on aurait bien plus à gagner à arrêter de se conduire comme si nous étions chez nous sur cette planète, à réfléchir à une occupation intelligente de l’espace naturel et à repenser aux sens véritables des mots “humilité” et “responsabilité”… 

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