Le SMIC Gattaz, une aberration !Des hauts & débats | Des hauts & débats

Le SMIC Gattaz, une aberration !

Mardi, Pierre Gattaz, président du MEDEF, proposait la mise en place d’un SMIC intermédiaire destiné aux jeunes et aux chômeurs de longue durée sensé faciliter leur embauche et donc leur intégration à une entreprise en permettant à leur employeur de les embaucher, pendant une durée annoncée pouvant aller jusqu’à 1 an, à un salaire inférieur au SMIC classique, ce dernier représentant selon lui, un effort trop important pour les employeurs.

Cette proposition me semble être une aberration, un manque de respect envers les salariés potentiellement visés par cette mesure.

Pierre-Gattaz

Tout d’abords, rappelons à Pierre Gattaz que de nombreuses mesures existent déjà pour abaisser le coup du travail : des contrats aidés, des formation en alternances, des exonérations de charges, … qui ont fait leur preuve en matière d’embauche et ce, dans le respect de la dignité des populations bénéficiant de ses mesures.

En effet, ce qui me choque dans les propos de M. Gattaz, c’est le décalage évident entre son discours, considérant le SMIC comme trop élevé du point de vue des patrons, et la réalité qui prouve qu’un salarié payé au SMIC a le plus grand mal à joindre les 2 bouts d’un point de vue financier.

Or quand on travaille à plein temps, que l’on soit jeune, peu ou pas diplômé, simple ouvrier/technicien, qualifié ou non, la dignité et le respect de la personne humaine impose que l’on puisse vivre de son salaire, que la rémunération perçue permette d’accéder à l’autonomie financière. Un employé à temps plein DOIT avoir les moyens financiers de quitter le domicile parental, sans avoir à rechercher un “petit boulot” supplémentaire pour boucler ses fins de mois.Si le SMIC est intermédiaire, il n’en est rien du loyer, de la facture de gaz et/ou d’électricité, le coût du carburant ou celui des assurances auto/habitation !!!

Ce que propose M. Gattaz n’est rien d’autre qu’un modèle de vie inspiré de celui des USA où les travailleurs pauvres sont contraints de cumuler 2 voire 3 emplois pour payer les charges… En tant qu’employeur, quel respect a-t’on envers un éventuel employé quant on lui propose un emploi dont on sait qu’il ne s’accompagne même pas d’un niveau de salaire décent ???

Je suis réellement choquée par cette proposition.

smic

M. Gattaz qualifie ce SMIC de transitoire, mais par le passé combien de mesures “transitoires” lors de leur mise en place – la vignette automobile ou plus récemment, la journée de solidarité par exemple – ont finalement perduré pendant des années ? Parce qu’il existe un réel risque de débordement à plus ou moins long terme et à l’élargissement du champ d’application d’une telle mesure à d’autres publics/conditions d’accès.

Si le terme d’ “esclavage” employé par Laurence Parisot me semble peut être un peu fort, la mise en place de ce SMIC Gattaz ressemble quand même à de l’exploitation des salariés concernés. En effet, le public visé semble pouvoir être employé à des postes de peu ou pas de technicité/expertise, il est donc sensé être opérationnel assez rapidement… Pourquoi devrait-on alors accepter qu’ils soient sous-payés ? D’autant qu’en terme de motivation et d’implication, l’argument est plutôt contestable… La mise en place de ce sous-salaire aurait, à mon sens, pour effet de développer chez le salarié en question le sentiment d’être exploité par son patron.

Or, mes études en droit et notamment ma connaissance du droit du travail m’a appris que le Droit a été établi pour assurer la protection des plus faibles par rapport à ceux qui sont en position de force, ceux qui ont le pouvoir d’imposer. Autoriser la mise en place d’un SMIC intermédiaire serait donc contraire à l’esprit du Droit puisqu’elle fournirait aux employeurs le droit d’imposer aux salariés potentiels les plus fragiles une clause de travail indécente.

M. Gattaz aurait même illustré ses propos en prenant l’exemple de personnes sans domicile fixe et de personnes marginalisées qui auraient ainsi accès à l’emploi. Cet exemple me semble être le comble du “foutage de gueule”, un magnifique exemple de mauvaise foi !!!

Un employeur, quel que soit le contrat de travail ou le niveau de rémunération proposé, reste un employeur et va chercher à embaucher des salariés les plus “sécurisants”. Il ne va pas d’un coup, par la simple mise en place d’un sous-SMIC, se transformer en travailleur social, transformant son entreprise en annexe d’une association caritative de retour à l’emploi ! Ce qu’il va se passer c’est que les personnes employées et payées à ce SMIC intermédiaires seront des personnes les moins risquées qui pourraient tout à fait prétendre toucher le SMIC classique.

Et vous, que pensez-vous de cette proposition ? Pensez-vous envisageable/acceptable de proposer un salaire qui ne permette pas d’accéder à une autonomie financière ? Ne trouvez-vous pas que la mise en place d’une telle mesure ne porterait pas atteinte à la dignité des salariés ?  Les arguments de Pierre Gattaz vous semblent-ils cohérents ?

Copyright © 2014 “Des hauts & débats” by LadyMilonguera

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

%d blogueurs aiment cette page :