Voiture électrique : les freins au développement du marchéDes hauts & débats | Des hauts & débats

Voiture électrique : les freins au développement du marché

Lundi dernier, un reportage diffusé sur France au JT de 13 heures, témoignait de l’extrême difficulté pour un automobiliste roulant en totalité à l’électrique d’effectuer un long trajet – Paris – Lyon – à bord d’un tel véhicule. En cause, le faible déploiement des bornes de recherche tant sur les grands axes autoroutiers que dans les zones urbaines, contraignant les automobilistes à quitter sans cesse le parcours prévu pour effectuer d’innombrables détours à la recherche de « jus ». Au final, il aura ainsi fallu au conducteur 25 heures pour parcourir les 450 km séparant les 2 villes, contre 5 heures avec un véhicule classique.

Certes, le journaliste n’a pas choisi la facilité et quelque part, n’a fait qu’enfoncer une porte ouverte en choisissant de tester la voiture électrique sur un usage pour lequel elle n’est clairement pas conçue, à savoir les longs trajets.

En effet, les constructeurs s’accordent à promouvoir ce type de locomotion pour des déplacements urbains et périurbains, en raison des performances des batteries lithium employées qui autorisent aujourd’hui des autonomies comprises entre 90 et 130 km.

Effectivement, vu sous cet angle, l’usage d’une automobile électrique semble bien plus approprié, à condition de ne pas creuser plus !

SAVE-voiture-electrique-Renault

Je suis une jeune femme de 35 ans, habitant Montpellier et travaillant à domicile donc roulant peu et quasi-uniquement pour des déplacement urbains, faire mes courses, me rendre à mes cours de self-défense ou de pilate… Pour me rendre en centre-ville, il y a longtemps que j’ai adopté le tramway, me dispensant ainsi des contraintes liées à la conduite en plain cœur de ville ou à la nécessité de chercher à me garer. Bref, l’usage que je fais de ma voiture ne dispense d’être soumise à une autonomie importante et, faisant déjà face au coût du loyer sur Montpellier, je serais ravie, lors de mon prochain achat de véhicule de me tourner vers l’électrique… Oui mais voilà, même si mes besoins en rechargement seront peu fréquents par rapport à d’autres utilisateurs et que s’ils n’évoluent pas, une à 2 recharges hebdomadaires au coût de 2 € seront suffisantes… j’ai beau chercher, même dans une ville comme Montpellier, elles seraient pour l’instant grandement problématiques

En effet, comme la majorité de la population montpelliéraine, je loue un appartement dans une résidence collective et, bien qu’elle ait à peine 2 ans et que je bénéficie d’un emplacement de parking réservé en sous-sol, rien n’y est prévu pour que moi, ou un quelconque occupant de la résidence ne puisse y recharger une voiture électrique pendant la nuit par exemple… Pas pratique…

Il faut savoir que les recharges complètes de batteries électrique prennent de 1 à 7-8 heures, selon qu’elle s’effectuent sur des bornes “rapides” – disponibles dans certaines concessions Renault par exemple – ou des prises de courant domestique.

Voiture_electrique

L’absence de solution de recharge à domicile pour la majorité des utilisateurs les contraint donc à rechercher une solution extérieure, notamment ces fameuses bornes de rechargement rapide… oui mais voilà, si 1 “petite” heure peut sembler rapide en comparaison des 7 heures nécessaires à un rechargement effectué dans son garage, elle va très vite sembler bien longue s’il s’avère que la seule solution consiste à aller poireauter régulièrement une soixantaine de minutes chez son concessionnaire automobile… Vous vous voyez vous appeler votre conjoint 2 à 3 fois par semaine, après votre journée de travail – voire plus, selon la distance de vos déplacements :

“Coucou chéri(e), je sors du boulot là mais je ne serais pas rentré(e) avant 1 heures à 1 heure et demi, le temps de “faire le plein” de la voiture chez Renault/Opel/Peugeot/etc… (barrez la mention inutile)”

Non mais sérieusement… Pas étonnant que le marché ne décolle pas !!!

Pour que le marché de ces véhicules électriques ait une vraie chance de se développer, il faut d’abords développer le maillage des bornes de recharge et, commencer prioritairement par les installer, selon moi, à chacun des emplacements de stationnements privés dont disposent les résidents en résidence collective comme moi. Quand je vois qu’au cours des dernières années, une norme a été imposée dans ces logements collectifs pour agrandir la taille des WC de manière à en faciliter l’accès à un éventuel occupant en fauteuil roulant de sorte que parfois, ils sont aussi grands que la salle de bain, il ne doit pas être compliqué d’imposer que la construction de toute nouvelle habitation collective prévoie la mise en place de bornes de rechargement dans les parkings… Ces bornes pourraient être programmées comme nos ballons d’eau chaude par exemple, pour fonctionner pendant les heures creuses, de 22 h à 6 h du matin, afin de ne pas accroitre la demande en électricité domestique aux heures habituelles de fonctionnement des ménages et permettre un rechargement aux heures les moins chères.

Voiture_électrique_Peugeot_en_rechargement

Ensuite, si on veut pousser les choses plus loin, on pourrait aussi envisager d’imposer l’installation de bornes à rechargement rapide dans les parkings des supermarchés ou les parkings couverts par exemple, permettant ainsi à la batterie de se recharger pendant que l’on fait ses courses. Ils ont déjà l’obligation de réserver certains emplacement aux personnes à mobilité réduite, pourquoi ne pas en prévoir pour les véhicules électriques ?

Pour finir, et perfectionner le maillage, il serait aussi bien que les entreprises disposant d’un parking privé se voient également imposé l’installation de telles bornes assurant ainsi à leurs salariés de récupérer une voiture pleinement rechargée à la fin de leur journée de travail…

Voilà quelques idée qui contribueraient à rendre réellement pertinent l’usage d’une voiture électrique dans un environnement urbain quant à une utilisation pour des longs trajets, le développement sur le réseau autoroutier de « stations de recharge », à chaque aire de repos combinant la mise à disposition de bornes à rechargement rapide, pour celles et ceux qui en profitent pour faire une pause repas par exemple, et de comptoirs auprès desquels on pourrait échanger sa batterie vide contre une pleine et repartir ainsi dans les minutes qui suivent sans perdre plus de temps que ne le nécessiterait aujourd’hui un plein d’essence… Ces pauses régulières pourraient peut-être même constituer un avantage en terme de sécurité routière !!!

Ce ne sont bien sur ici que des pistes mais elles ont toutes un dénominateur commun : l’implication prioritaire des pouvoirs publics dans la démarche d’équipement en bornes électriques. Tout l’enjeu du marché de la voiture électrique est là, car il est évident que tout comme moi, aucune personne sensée, aussi sensible soit-elle aux arguments marketing des constructeurs en faveur de la voiture électrique ne franchira le pas si le rechargement de sa batterie doit se transformer en un casse-tête quasi-quotidien.

Oui mais voilà, le réel problème ne réside-t’il pas dans les recettes que tire le gouvernement du carburant au travers des taxes prélevées ? Comment les pouvoirs publics peuvent-ils contribuer activement au développement d’un mode de locomotion qui les privera d’une partie de ces recettes alors même que le déficit public ne cesse de se creuser et qu’instaurer dès à présent une taxe sur l’électrique-carburant en compensation serait bien mal perçue par l’ensemble de la population… ?

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